Le
pianiste/compositeur Francesco Tristano Schlimé, lauréat de plusieurs
prix au Concours international de piano XXème siècle d'Orléans, et qui
a donné son premier récital dès l'âge de treize ans, retrouve pour cet
enregistrement l'Orchestre National Russe, sous la Direction du célèbre
pianiste/chef d'orchestre/ compositeur Mikhaïl Pletnev, avec lequel il
avait fait ses débuts dés l'an 2000.
Programme
du XXème (et XXI siècle) pour ce disque comportant deux concertos créés
tous deux en 1932 et des improvisations de Francesco Tristano Schlimé
lui-même, basées sur ces deux concertos.
Si
le concerto pour piano en Sol majeur de Ravel( 1875-1937) partage sa
date de création et sa tonalité avec le 5ème concerto en Sol majeur de
Prokofiev, d'autres coïncidences les rapprochent : tous deux sont les
derniers qu'ils aient composés, tous deux suivent un concerto dont les
deux compositeurs avaient eu commande par la même personne : le
pianiste Paul Wittgenstein, qui avait perdu le bras droit au début de
la 1ère guerre mondiale. Ravel, qui n'a créé que deux concertos, avait
alors composé le célèbre "Concerto pour la main gauche" , qui si l'on
s'en fit au roman de Jean Echenoz "Ravel", Wittgenstein "ne trouva pas
terrible" et arrangea pour le plus grand mécontentement de Ravel, quand
au quatrième concerto de Prokofiev, Wittengstein ne le joua même pas
...disant " Je vous remercie pour ce concerto mais je n'y comprends pas
une note et je ne le jouerai pas"!!! Comme quoi les pianistes sont
parfois plus capricieux qu'on ne l'imaginerait.
Francesco
Tristano Schlimé , nullement capricieux semble-t-il, et à la double
casquette de pianiste/compositeur, se charge donc avec son talent et
avec sa fougue déjà célèbres et récompensées, d'interpréter ici les
deux concertos qui suivirent ... car se sont des concertos qui
assurément exigent du pianiste un dynamisme des plus élevés . Plutôt
que le nommer "Concerto" , Ravel avait d'abord penser l'appeler
"Divertissement" , quant à Prokofiev il songeait plutôt à "musique pour
piano et orchestre" , afin tous deux de s'éloigner de l'image
dramatique à laquelle le terme concerto était trop souvent associé.
Ravel
se ravisa cependant en se rappelant de "l'esprit joyeux et vif des
concertos de Mozart et Saint Saëns" et déclara que la musique d'un
concerto peut-être gaie et brillante. Quant à Prokofiev, qui composa ce
concerto alors qu'il était à Paris, il tenta de trouver une "nouvelle
simplicité". Gaieté et simplicité , sont typiques de l 'esprit ambiant
des années de l'entre-deux-guerres à Paris. C'est Marguerite Long sous
la direction de Ravel lui-même qui créa le concerto en Sol majeur. Si
le second mouvement de celui-ci est cependant mélancolique(avec une
splendide mélodie au piano qui le débute), le premier mouvement est
influencé par le jazz de cette époque, et le troisième est tout aussi
vif voire carrément burlesque.
Comme
on n'est parfois jamais mieux servi que par soi-même , et au moins
assuré d'aucune défection, Prokofiev créa lui-même son Concerto en sol
majeur, à Berlin. Celui-ci ne comporte pas moins de cinq mouvements,
structure inhabituelle, mais il est vrai que l'un d'eux (le troisième
est très bref : moins de deux minutes). Un seul mouvement lent dans
cette oeuvre très rythmée où le piano ne joue jamais seul.
C'est
précisément autour des deux mouvements les plus lents que Francesco
Tristano Schlimé improvise tout d'abord "Reveal" et "Progression", à la
demande De Mikhail Pletnev : " La salle de Tchaikovsky à Moscou a été
réservée pour une séance d'enregistrement. Dans cette salle magnifique,
rien que le piano, les micros, et puis quelques amis dispersés dans
l'auditorium : telle fut l'ambiance insolite et nocturne de ces
quelques heures, durant lesquelles j'ai pu m'explorer, m'évader...bref
jouer" est-il rapporté dans le livret de l'album... Trois
improvisations dont la splendide première n'est pas sans faire penser
aussi à un jazzman plus contemporain : Keith Jarrett. La troisième
improvisation " Return " aux belles notes réverbées termine avec
douceur et chaleur ce disque édité par le label Pentatone. Francesco
Tristano Schlimé cumule décidément tous les talents mais peut-être ne
faut il pas trop le dire au risque de finir par le rendre "chat-
pricieux"....puisqu'il paraîtrait, selon un critique musical, qu'il
joue avec la souplesse d'un chat, mais pour le confirmer il faudrait en
plus de l'écouter le voir ce qui sera possible pour certains,
précisément en ce qui concerne les oeuvres de ce disque : Le mardi 23
mai 2006, à la Philharmonie de Luxembourg à 20.00, puisque Francesco
Tristano Schlimé interprétera de nouveau le concerto 5 de Prokofiev
avec l'Orchestre National Russe sous la direction de Mikhail Pletnev
lors du Festival d’Echternach.
piano bleu, 19 mai 2006 - Agnès Jourdain