« Franceso vs Luciano »
Il réussit même à nous faire aimer la musique sérielle : Francesco Tristano Schlimé
Enfin un Luxembourgeois qui perce ! Non seulement les frontières du pays, mais aussi celle des genres.
Francesco T. Schlimé est un jeune talent à découvrir d’urgence.
Né en 1981 à Luxembourg, Francesco Tristano Schlimé donne son premier récital à l’âge de 13 ans.
Le
jeune prodige a étudié le piano et la musique de chambre aux
conservatoires de Luxembourg, de Bruxelles et de Paris avant d’entrer à
la Juilliard School de New York d’où il est sorti titulaire des
diplômes de bachelor et master of music. Parmi ses professeurs figurent
Béatrice Rauchs, Jean Claude Vanden Eynden, Emile Naoumoff, Michael
Pletnev, Jerome Lowenthal, Bruce Brubaker, David Dubal, Rosalyne Turek,
Lionel Party et Martial Solal. Que de remarquables références !
Polyvalent,
Schlimé est autant attiré par le répertoire classique que par le jazz.
Il est d’ailleurs diplômé de piano de jazz du Conservatoire de
Luxembourg, son professeur ayant été Kris Defoort. Aujourd’hui,
habitant à Barcelone, Francesco Schlimé est un jeune pianiste d’une
maturité exceptionnelle. Il développe un génie rarissime au niveau de
la musique classique et moderne, du jazz, de l’improvisation ainsi que
la direction musicale sans oublier la composition.
En
2002, il fonde les New Bach Players, un orchestre de chambre dont il
assure la direction à partir de son piano. Avec cet ensemble il donne
des concerts aux Etats-Unis et en Europe.
En matière de
jazz, il se produit avec succès, soit avec son groupe Chicho’s Akoustic
Band, soit en duo avec le pianiste franco-libanais Rhami Khalifé. En
2004, il est lauréat du concours International de piano du XXème siècle
d’Orléans.
Pour éviter tout soupçon de chauvinisme,
confions à Olivier Bellamy, renommé expert au « Monde de la Musique »
de rendre hommage au talent exceptionnel de Schlimé « Musicien
charismatique sur scène, le jeune Luxembourgeois préfigure ce que sera
le musicien de demain (il fait aussi des happenings électroacoustiques
avec des DJ’s de Barcelone) tout en renouant avec la race des grands
pianistes du siècle passé qui improvisaient aussi naturellement qu’ils
jouaient. A suivre de près.
Schlimé a eu l’idée d’un CD
avec l’intégrale des compositions pour piano seul de Luciano Berio
après son succès au Concours d’Orléans. Il commente lui-même cette
création : « J’y présentais (à Orléans) les Cinque Variazioni et la
Sequenza qui est un pilier de la musique du XXème siècle. J’ai joué la
Sonate, sa dernière œuvre au Teatro Colon de Buenos Aires. En plusieurs
semaines, j’ai pu rôder toute sa musique pour piano qui s’étale de 1947
à 2001 et tient sur un CD »
Ce CD nous fait découvrir
le cheminement du compositeur italien. Se réclamant du sérialisme,
Berio se défait très tôt des obsessions logiques de la technique
sérielle, en accordant sa priorité aux émotions et aux plaisirs de
l’écouter plutôt que de s’enfermer dans des contraintes cérébrales et
intellectuelles. L’interprétation de Schlimé, d’un lyrisme profond,
éblouit par l’attaque presque artisanale – dans son sens noble – du
clavier conférant aux sons une résonance alliant ravissement, aisance
et rigueur. Il n’est guère facile de faire connaître un compositeur de
son temps à des non initiés par la seule écoute de sa musique. Les
compositions que le jeune artiste nous fait découvrir sur ce CD sont
cependant une façon appropriée pour apprécier la musique du maestro
Berio. Merci à Schlimé pour ce must sublime !
WOXX, 23 décembre 2005, Paul Moes