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Une rencontre avec Francesco Tristano Schlimé

Loïc Serrurier, abeilleinfo.com, 24 octobre 2005



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Une rencontre avec Francesco Tristano Schlimé

(24/10/2005 0:27)


Abeilleinfo a rencontré le pianiste Francesco Tristano Schlimé, dont le disque consacré à Luciano Berio, qui vient de paraître chez SYSIPHE, constitue une authentique révélation.

 

A 23 ans à peine, le palmarès musical de Francesco Tristano Schlimé impressionne et… déconcerte au premier abord ! De multiples prix dans des disciplines aussi variées que le piano, la musique de chambre mais aussi le jazz, l’improvisation, l’écriture ou le clavecin obtenus dans les plus grandes institutions (Conservatoires de Luxembourg, Paris, Bruxelles, la fameuse Julliard School de New-York). Un parcours pour le moins atypique couronné en 2004 par une victoire (plutôt écrasante, avec pas moins de 4 prix !) au Concours International de Piano XXème Siècle d’Orléans.

- Quel regard portez-vous sur votre parcours, un parcours pour le moins atypique, et quelles rencontres ont été déterminantes au cours de ces années ?

- Francesco Tristano Schlimé : En fait, il s’agit d’un parcours assez progressif : Luxembourg, Bruxelles, puis Paris, New York pour finalement revenir en Europe, à Barcelone… Je dirais plutôt que ce sont les rencontres, qui, tout au long de mon parcours, m’ont marqué et m’ont propulsé vers ce que je suis aujourd’hui… À Luxembourg, j’étais élève du compositeur Claude Lenners en harmonie, contrepoint et analyse. C’est lui qui m’a fait découvrir, à l’âge de 11 ans, Chick Corea… À Paris, Émile Naoumoff m’a enseigné la musique dans la tradition de Nadia boulanger, une méthode pédagogique qui va au-delà des études pianistiques… Émile a été mon père spirituel, je lui dois beaucoup…

À New York, j’étais fasciné par les cours de ‘répertoire du piano’ du pianiste américain Bruce Brubaker, mon dernier professeur en date (aujourd’hui encore, nous sommes en contact régulier). Brubaker m’a guidé dans mes goûts ‘extrêmes’ (renaissance, baroque, contemporain) et m’a encouragé dans ma démarche … Mais c’est également à New York que j’ai découvert d’autres genres musicaux, à savoir les musiques expérimentales, le free jazz, la fusion, la techno, l’électro-jazz, etc. NYC a été ma ‘grande claque’ pour ainsi dire… À Barcelone, je découvre une ambiance palpitante, une société ouverte… on est formé par les maîtres, et par les villes…

- On vous entend régulièrement lors de vos récitals mêler Frescobaldi à Berio, Bach à Francesconi. D’où vous vient cette double passion pour des musiques historiquement si éloignées ?

- Francesco Tristano Schlimé : Historiquement éloignées dans la musique instrumentale, certes… Mais au fond, et il convient de le souligner, les époques (pré)-baroque et contemporaine se rejoignent dans le sens où la musique est totalement abstraite (à quelques rares exceptions) et n’inclut pas d’éléments extra-musicaux. (les Américains parleraient de ‘programme music’)… Je perçois le XIXème siècle, le ‘romantisme’, comme une époque certes inévitable (sorte d’évolution logique) dans l’histoire de la musique, mais néanmoins révolue.

Il semble qu’à partir des années 1950, les compositeurs soient revenus à des questions de base. Que vous raconte une Sequenza de Berio, ou une toccata de Frescobaldi? Allez savoir…c’est beaucoup plus clair dans la symphonie fantastique de Berlioz, étant donné qu’il procure l’histoire littéraire à suivre. C’est une sorte de cycle que l’on peut aussi observer dans la musique électronique… En effet, la techno rappelle finalement les rythmes répétitifs et extatiques des sociétés tribales et réveille dès lors un sentiment tout à fait primaire pour l’être humain, et ce grâce aux nouvelles technologies, ce qui est d’autant plus fascinant !…

- A propos de Berio, vous avez souhaité enregistrer en première mondiale l’intégrale de son œuvre pour piano. Comment avez-vous découvert ce compositeur ? Quand l’avez-vous joué la première fois ? Que vous inspire son œuvre pianistique ?

- Francesco Tristano Schlimé : J’ai découvert la musique de Berio relativement jeune, dès l’âge de 11 ans (Sinfonia, Chori) et joué pour la première fois sa musique pour piano en 2001. Il s’agissait des Cinque Variazioni. Une œuvre que je programme régulièrement à l’occasion de mes récitals, comme ce fut le cas dernièrement à Paris Salle Cortot.

J’ai ensuite approfondi ce répertoire passionnant et très requérant pianistiquement et musicalement, pour aboutir à ce beau projet d’enregistrement de l’intégrale de la musique pour piano solo du compositeur italien.

- On vous voit beaucoup jouer aussi bien en tant que récitaliste ou concertiste, en musique baroque, ancienne, contemporaine ou jazz. Votre activité est foisonnante. Quels projets vous tiennent particulièrement à cœur ?

- Francesco Tristano Schlimé : Parallèlement à mes activités "classiques", je joue du jazz en solo et au sein de diverses formations dont Aufgang (duo de piano avec mon ami franco-libanais Rami Khalife), Out of Focus (trio acoustique créé a New York en 2003, rejoint depuis 2004 par le percussionniste et multi-instrumentiste Raimundo Penaforte), ainsi que Nu-Ground (sextet de jazz). Je m’intéresse depuis quelques années à la musique électronique (production et DJ’ing)… Au fond, je reste ouvert à tout. Un ami compositeur et jazzman sri lankais s’est récemment engagé dans la direction d’orchestre. J’ai hâte de connaître sa vision des symphonies de Beethoven, des poèmes symphoniques de Strauss !

Par ailleurs, j’ai créé l’ensemble New Bach Players. L’idée initiale consistait à offrir une nouvelle interprétation de Bach, tout en suivant quelques principes d’interprétation baroque (jeu sans vibrato pour les cordes, sans pédale pour le piano, ornementations, inflexions rythmiques des mouvements de danse etc.). Au-delà, les New Bach Players représentent une sorte de juxtaposition entre ‘ancien’ et ‘nouveau’, comme l’a démontré notre interprétation des Quatre saisons de Vivaldi qui, à l’exception du texte original que j’ai transcrit pour piano, contient des parties et interludes improvisés, des ‘excursions’, en quelque sorte, qui s’éloignent du langage baroque et touchent au jazz, aux musiques électroniques et spectrales. Il s’agit, en somme, d’une sorte de mise à jour de la pièce la plus écoutée et enregistrée du répertoire… Fondamentalement, je suis en faveur d’une démocratisation du répertoire. Jouons, enfin (en 2005 !) des compositeurs marginalisés, des œuvres peu ou pas connues…