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"Récital à l'Unesco - Les Nouveaux Virtuoses"



Compte rendu........


Et pourtant le public est prêt à suivre les audacieux, les inventifs et apprécie un peu d’air frais dans l’univers confiné du classique. Le concert des Takacs et de Muzsikas l’a prouvé, tout comme, quelques jours auparavant à l’UNESCO (dans la série Nouveaux Virtuoses), le superbe récital du jeune Francesco Tristano Schlimé – un énorme succès public ! Visage d’ange, démarche princière : lorsqu’il entre en scène, le pianiste luxembourgeois (vainqueur du dernier Concours Piano XXe siècle d’Orléans) semble atterrir d’une autre planète. Il est pourtant bien de celle-ci et de son temps ! Un programme Frescobaldi-Bach-Haydn-Francesconi-Schlimé : voilà qui change des Mozart-Beethoven-Chopin-Rachmaninov de beaucoup de confrères ! Un récital atypique, original, mais d’une cohérence parfaite. Ce qui fait la différence avec des concerts où la curiosité ne conduit qu’à d’indigestes fourre-tout rangés sous des thématiques cache-misère du manque d’imagination.

Schlimé laisse la queue-de-pie - vestige d’un temps où le musicien ne valait pas plus qu’un laquais, on l’oublie trop souvent… - au vestiaire, pas l’élégance ! Il n’hésite pas non plus prendre la parole en cours de récital pour expliquer sa démarche, ses choix – assumés avec une intelligence et une technique singulières. Compositeur et improvisateur, il improvise justement un bel et étrange portique à la Sonate n° 48 en ut majeur de Haydn. Et tout le monde « laisse jouer le pianiste » - le charme, la poésie, la noblesse, le charisme (jamais l’esbroufe) opèrent… L’avenir, un monde en quête de magie, de ré-enchantement, de danger aussi (ce qui en l’occurrence s’appelait jouer Frescobaldi ou Bach sur piano moderne sans une once de pédale) ont un besoin urgent d’artistes de cette trempe, qui mêlent talent (car nous avons ici affaire une l’une des plus passionnantes révélations du piano européen de ces dernières années) et audace, sans démagogie, en tenant compte des réalités d’aujourd’hui, des envies de nouveaux auditeurs qui, c’est la vie, remplaceront peu à peu (si tout se passe bien, mais rien n’est gagné…) les nombreuses têtes blanches ou dégarnies de nos salles.

Tenir compte des envies et des modes d’écoute de jeunes auditeurs qu’il serait en général vain de plonger d’emblée dans la Sonate D. 960 de Schubert, mais qui apprécieront un jour cette œuvre parce qu’un interprète tel que Schlimé aura su, avec tact, les mettre en contact avec des langages musicaux qui ne sont pas ceux en vogue sur NRJ… La jeunesse et la réaction du public rassemblé à l’UNESCO a en tout cas démontré à ceux que le pessimisme gagne parfois qu’il ne faut pas baisser les bras !

Sachons gré, enfin, à Francesco Tristano Schlimé (hormis dans l’œuvre de Francesconi mais là, il est tout pardonné) de nous épargner l’exécution avec partition, tellement à la mode depuis un petit moment chez pas mal de jeunes pianistes. ............


classic.com, 21 janvier 2006 - Alain Cochard