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L'excellence, du baroque au contemporain


Portrait . Le pianiste virtuose Francesco Tristano Schlimé est un artiste complet, capable de tirer le meilleur de toutes les musiques.




Mardi 17 janvier, 14 h 30 : rendez-vous était pris au Café des Marches. Arrivé en avance, les raisons de l’entrevue me revenaient en tête. Je savais de lui qu’il avait enregistré l’intégrale des concertos pour piano et les variations Goldberg de Bach, mais je n’avais écouté que son enregistrement de l’oeuvre pour piano de Luciano Berio (1), compositeur contemporain proche de l’école de Darmstadt... Une interprétation par laquelle il signalait sa profonde connaissance de l’univers pourtant difficile de l’artiste milanais. La jaquette du disque présentait un jeune homme de noir vêtu, mince, les cheveux bouclés et son nom : Francesco Tristano Schlimé. En cherchant un peu, j’avais appris qu’il était lauréat de l’édition 2004 du concours international de piano du XXe siècle d’Orléans (2). Il fallait que j’en sache plus. Tournant bêtement le dos à l’entrée, je me demandais si j’allais le reconnaître quand il est arrivé, ponctuel. « C’est vous ? » m’interrogent d’immenses yeux bleus et un large sourire. « Oui, on va s’installer à une table un peu retirée, pour être tranquilles, d’accord ? » Il acquiesce. « Votre français est parfait, sans accent. » Il m’explique qu’au Luxembourg, où il est né, on parle français et allemand. Il parle aussi italien : une partie de sa famille est italienne ; anglais : il a fréquenté cinq années durant la Julliard School de New York, y décrochant « bachelor », puis « master of music » ; espagnol enfin : il vit à Barcelone. « New York est une ville extraordinairement dynamique. J’y serais bien resté mais la politique sécuritaire qui s’est développée là-bas après le 11 septembre 2001 m’est insupportable. » Son parcours ressemble à celui de beaucoup de virtuoses : il a commencé le piano vers cinq ans. Sa mère l’y a poussé : « Pas musicienne mais très mélomane. Elle est à fond dans le baroque. À la maison, il y avait de la musique tout le temps. » Il a étudié l’instrument dans différents conservatoires, de Bruxelles à Paris. Mais voilà, la passion du jeune Schlimé, c’est la musique contemporaine, le jazz, les musiques improvisées et électroniques : « Je rêvais d’être batteur. D’ailleurs, j’adore jouer la percussion avec le piano. » Il passe donc un diplôme de piano jazz au Conservatoire de Luxembourg et, à douze ans, il crée un groupe, les Chicho’s Akoustic Band, avec lequel il se produit régulièrement jusqu’en 1997. Si les études, qu’il mène à New York, l’occupent ensuite largement, il n’en attendra pas la fin pour reconstituer une formation qui corresponde à ce qu’il a envie de faire. En 2001, il fonde Out of the Focus, puis le groupe The New Bach Players avec lequel il présente, en 2004, une transcription-adaptation originale avec improvisations pour piano et cordes des célèbres Quatre Saisons, d’Antonio Vivaldi. Car, Francesco n’est pas seulement un interprète, il compose. Depuis sa première oeuvre majeure, E pur si muove, créée en juillet 1996, il a écrit de nombreuses pièces pour piano et musique de chambre et du jazz... Aussi complet que passionné, le jeune Schlimé n’hésite ainsi jamais à déconcerter le public de ses récitals : « Je veux autant surprendre mon public que me surprendre. ». Pour preuve le programme du concert qu’il a donné à l’UNESCO le lendemain de notre rencontre : Frescobaldi, Bach, Haydn mais aussi une pièce de Francesconi, Mambo (1987), une coda improvisée et Tokyo Beyrout, qu’il a lui-même signé. En bis ? La transcription pour piano d’un morceau de musique électronique. Splendide. « Il est tellement bon qu’il peut tout se permettre », applaudit un auditeur sous le charme. En fait, Schlimé c’est ça, un talent immense et tout entier consacré à la musique.


Humanité, 27 janvier 2006, Jérôme-Alexandre Nielsberg