Francesco Tristano Schlimé, le prochain grand du clavier
Le pianiste du futur
Luxembourgeois, d'ascendance italienne du côté de sa mère, vivant à
Barcelone, Francesco Tristano Schlimé est un musicien étonnant.
Vainqueur du Concours d'Orléans (un must pour la musique du XXe siècle)
l'an dernier, familier de Bach depuis toujours, il évite soigneusement
le grand répertoire romantique. « Ce n'est pas une musique qui
m'attire. Je préfère jouer ce qui vient avant ou après. Frescobaldi,
parce qu'il y a tout à inventer, ou Berio, pour les mêmes raisons,
sollicitent beaucoup plus mon imagination. » A vingt-quatre ans, il
aime mélanger Bach, Scarlatti, Berio ou Francesconi dans ses récitals
et sépare les différentes pièces par une improvisation de son cru.
Elève de Béatrice Rauchs (l'école Ciccolini) à Luxembourg, de
Jean-Claude Vanden Eynden (l'école Eduardo del Pueyo) à Bruxelles,
d'Emil Naoumoff à Bloomington et de Bruce Brubaker à la Juilliard
School où il est resté cinq ans, Francesco Schlimé a aussi travaillé
avec Mikhail Pletnev à Moscou. Le pianiste et chef l'a engagé pour un
disque de deux concertos en sol (Ravel et Cinquième de Prokofiev) avec
l'Orchestre national russe à paraître chez PentaTone en 2006.
Ce disciple de Glenn Gould a également enregistré les sept concertos de
Bach en hommage au grand Canadien (« qui n'a, lui, jamais enregistré le
Sixième ») avec un orchestre qu'il a fondé (et qu'il dirige du
clavier), composé d'un groupe d'amis de la Juilliard School, les New
Bach Players. « On joue sur instruments modernes, mais sans vibrato et
avec des ornementations baroques. »
Francesco Tristano Schlimé a eu l'idée d'un CD Berio après son succès
au Concours d'Orléans. « J'y présentais les Cinque Variazioni et la
Sequenza, qui est un pilier de la musique du XXe siècle. J'ai joué la
Sonate, sa dernière oeuvre, au Teatro Colon de Buenos Aires. En
plusieurs semaines, j'ai pu roder toute sa musique pour piano qui
s'étale de 1947 à 2004 et tient sur un CD. »
Musicien charismatique sur scène, le jeune Luxembourgeois préfigure ce
que sera le musicien de demain (il joue aussi du jazz dans des groupes
et fait des happenings électroacoustiques avec des DJ's de Barcelone)
tout en renouant avec la race des grands pianistes du siècle passé qui
improvisaient aussi naturellement qu'ils jouaient. A suivre de très
près.
Le Monde de la Musique, décembre 2005, Olivier Bellamy